Gomorra de Mateo Garrone

Gomorra est une œuvre qui m’a accompagnée toute ma jeune vie d’adulte. J’ai vu le film une première fois vers mes 17 ans, lu le livre dans ces mêmes années et binge-watché la série tout au long de mes études universitaires, et pourtant je ne gardais aucun souvenir du film. Alors je l’ai relancé.
Gomorra, film italien réalisé par Matteo Garrone, est sorti en 2008. Le film s’articule autour de six personnages pris à partie par la Camorra dans leur quotidien.
Dans l’ensemble, on est face à une réalisation très sobre. La caméra à l’épaule rappellerait presque un style documentaire. Les plans sont proches des personnages et s’immiscent dans l’intimité des visages. Les gros plans sur les sourires narquois des uns et les boutons juvéniles des autres racontent autant que les situations qu’ils traversent. Le son est lui aussi tout aussi réaliste. Malgré une musique produite par le groupe Massive Attack, on est toujours plongé dans une ambiance d’urbanisme à l’italienne, entre grands ensembles et jets de mots napolitains scandés ici et là par les habitants ou les voyous. Le bruit soudain des échanges de tirs fait malgré tout son effet tant il vient surprendre le spectateur et les personnages.

L’architecture des grands ensembles des iconiques Vele de Scampia recrée, quant à elle, une géométrie très particulière à l’image. Ces ensembles, construits dans les années 70, sont censés rappeler les rues napolitaines au travers des coursives et des voiles dans l’horizon. Au final, ils n’en sont que plus dystopiques et complètement délabrés, encore davantage dans les niveaux inférieurs. Cette géométrie contraste d’ailleurs avec les environs marécageux où s’entraînent les jeunes tireurs et où les projets immobiliers à l’arrêt sont légion. Ah, l’Italie et les projets immobiliers foireux, quelle belle histoire d’amour.
On remarquera la présence du grand Toni Servillo, qui nous offre un excellent rôle de « commercial en gestion de déchets toxiques ». Son rictus de commerçant et sa capacité d’adaptation font de son personnage un être immonde qu’on adore détester. Définitivement un grand acteur de notre ère.

Les deux chiens fous se prenant pour Tony Montana entre deux plans foireux et un rail sont tout autant impressionnants de fougue et d’audace. L’un d’eux rappelle parfois le personnage de Perhan dans Le Temps des Gitans d’Emir Kusturica, bien que sa principale idole soit plutot cubain. Le personnage de Pasquale, le tailleur de haute couture est quand à lui très touchant, surtout quand on sait que son histoire est tirée de faits réels. Les petites mains de la haute couture italienne habillent des superstars qui ne sauront jamais de quoi est fait l’envers de leurs habits.
Ce qui est intéressant, c’est la capacité du film à démontrer la présence de la mafia dans toutes les strates de la société et sous ses différentes formes. La mafia est insidieuse et s’immisce dans tout ce qui a été négligé par l’État. La société s’articule peu à peu autour d’elle, des enfants aux aînés, tout y passe.
Au final, ces cités utilisées comme des étendards identitaires et culturels dans les clips de SCH ou PNL ne sont que des symboles de misère et des désastres créés involontairement (vraiment ?) par l’État italien depuis tant d’années. De Berlusconi à Meloni, rien ne semble changer, pas même la situation de Roberto Saviano, toujours traqué par la mafia, comme il le raconte si bien dans la BD Je suis toujours vivant de l’auteur Asaf Hanuka.
Soutien aux lanceurs d’alertes, journalistes, auteurs ou artistes menacés, votre sacrifice est plus qu’honorable et je vous admire.
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Polytechnique de Denis Villeneuve

Denis Villeneuve n’est plus à présenter. Le troisième épisode de Dune arrive au cinéma, mais qu’en est-il de la première partie de sa carrière québécoise ? En arrivant à Montréal, et au détour de recherches précédant mon émigration, j’ai découvert l’importance de la tuerie de Polytechnique dans la société québécoise. Après avoir vu Incendies, j’ai voulu en savoir plus sur ce début de carrière.
Polytechnique raconte l’histoire de la tuerie de l’École Polytechnique de Montréal, vécue par deux étudiants, Valérie et Jean-François, dont la vie a basculé après qu’un jeune homme s’est introduit dans l’école afin de tuer le plus de femmes possible avant de se suicider.
Polytechnique semble être partagé entre un désir de nous mettre en garde contre ces chiens fous qui érigent les femmes en responsables de leurs troubles et de leurs malheurs, et une exceptionnelle envie d’expérimentation visuelle. Les plans du film sont très souvent contre-intuitifs et l’univers maussade de l’université ne semble qu’en être plus étriqué. Le noir et blanc du film ne fait qu’accentuer cet aspect hostile. Quand le jaune pipi des backrooms fait l’actualité, le gris des murs de la fac est tout aussi oppressant.
Le propos général du film étant celui des folies du masculinisme, bien avant l’invention de ce terme, on retrouve un personnage de tueur solitaire, aigri et surtout frustré par sa propre condition, qui trouve la responsabilité de ses maux dans les femmes.

Pourtant, le monde qui l’entoure semble être majoritairement masculin et, mis à part sa voisine qu’il observe, il semble ne côtoyer absolument aucune femme autre que sa mère. La société semble avoir désigné naturellement cette responsable, la radio et l’université renvoyant à des stéréotypes et à des réflexions ne faisant qu’alimenter ses propres colères. Pourtant, la femme est presque sous-représentée dans le film et l’on voit rapidement l’absence générale du genre féminin au sein d’une université qui s’oriente vers les métiers de l’ingénierie. L’entretien passé par l’une des étudiantes démontre cet aspect sexiste de l’université, comme pour rappeler, sans pardonner ni justifier, que le tueur n’est que le monstre que la société a créé sans crier gare.
Bien sûr, le film est aussi un traitement avisé des réflexions sur les tueries de masse nord-américaines. Il n’est pas sans rappeler la réalisation similaire, entre intimité et brutalisme architectural, d’Elephant de Gus Van Sant, sorti en 2003, qui racontait le drame de la tuerie de Columbine. Le Canada est beaucoup moins touché par ce type de tragédie, peut-être grâce à un contrôle des armes plus efficace et à une culture de la violence moins présente. Pour en revenir au cinéma, on est face aux débuts du traitement de la violence chez Villeneuve qui, depuis, aura réalisé Sicario ou Prisoners, entre autres films dont la folie humaine est si incroyablement filmée et amenée.

Alors, la question du noir et blanc se posera toujours lorsque le cinéma actuel s’en empare. Et pourtant, à l’instar de La Haine, dont le réalisateur justifiait ce choix par l’aspect intemporel qu’il créait, on peut tout autant penser la même chose vis-à-vis de l’œuvre de Villeneuve et de l’importance de ce film, trente ans plus tard. Un drame si ancien, et pourtant toujours aussi actuel.
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In Waves de Phuong Mai Nguyen

Je suis très fan du film Waves de Trey Edward Shults. J’en ai souvent parlé comme d’un film important qui traite des silences familiaux et de l’importance du soutien et du dialogue dans les familles. Alors, quand j’ai entendu parler du film d’animation In Waves j’ai foncé, il semblerait que j’aie fait un lien rapide et un peu benêt entre les deux œuvres. Lars von Trier, baisse la main tu n’es pas concerné (blague de cinéphile intense).
La promotion du film ayant été énormément mise en avant par des influenceurs qui semblaient tous conquis et très émus par leur séance, j’ai voulu aller voir l’adaptation de cette bande dessinée autobiographique d’AJ Dungo. Il semblerait que je ne sois pas très sensible au vu de mon ennui face à ce film.
AJ, lycéen discret, rencontre Kristen. Cette dernière ne cache pas sa passion pour le surf, tandis que lui pratique le skateboard et le dessin. Ils finissent par tomber amoureux et un avenir heureux se profile. Mais tout change lorsqu’elle apprend que la maladie la ronge.
En toute franchise, le film est très beau. J’ai tout de suite senti l’influence de la culture ouest-américaine, très Frank Ocean, Los Angeles, Lords of Dogtown. L’animation est hyper fluide, alternant entre plusieurs styles et toujours faite de belles couleurs. La mer est magnifique, les images de Tahiti sont très touchantes dans ce qu’elles racontent de l’histoire du surf, et le quotidien des jeunes personnages est lui aussi très bien retranscrit, dynamique et réaliste. La BO est elle aussi très bien amenée, entre rock californien, rap West Coast et nappes de sons d’ambiance aux accents R&B.

Le problème semble être que je ne suis pas le cœur de cible de ce film. Je n’avais rien lu du résumé et j’y venais en toute curiosité, mais très vite j’ai compris quelle direction prenait le film. La question de l’accompagnement de la fin de vie est un sujet déjà très présent au cinéma, et j’ai eu l’occasion de voir cela à plusieurs reprises, entre 120 Battements par minute de Robin Campillo, Million Dollar Baby de Clint Eastwood ou encore Truman de Cesc Gay. Malheureusement, ces films ont souvent la même approche et le même déroulement : on passe de l’hyper-joie à la chute lente d’un être qui emmène les siens avec lui. C’est horrible à vivre, très triste à voir, j’en suis convaincu.
Ce qui m’a vraiment empêché de m’accrocher à l’histoire semble être l’âge, ou plutôt le ton, des personnages. D’adolescents fougueux à jeunes adultes, le film garde un ton très adolescent, comme pour permettre aux jeunes spectateurs une certaine identification. Je resterai donc un peu sur ma faim du haut de ma trentaine.
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J’avais envie d’écrire sur Backrooms de Kane Parsons, mais je n’ai pas tant à en dire. Vous avez déjà vos rêves de fièvre pour vous faire une idée de la sensation !


















































































